L'idiot qui vote pour son maître ?

L'idiot qui vote pour son maître ?
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En acceptant de désigner ses maîtres,
l'électeur répond-il à la définition grecque de l'idiot ?

Et si le véritable paradoxe de la démocratie représentative se trouvait dans l’acte même par lequel le citoyen croit exercer sa souveraineté ? Le mot « idiot » n’a pas toujours désigné l’imbécile que nous connaissons aujourd’hui. Dans la Grèce antique, idiôtês désignait d’abord l’homme privé, celui qui demeurait à l’écart de la chose publique et abandonnait aux autres le soin de gouverner la cité.
 
À partir de cette origine oubliée, le document pose une question volontairement provocatrice : que fait exactement l’électeur lorsqu’il vote ? On lui présente le suffrage comme l’expression de sa liberté et de sa souveraineté. Mais il ne choisit pas directement les lois, les impôts, les dépenses publiques, les guerres ou les réformes qui organiseront sa vie. Il choisit ceux qui auront le pouvoir d’en décider à sa place. Puis, le scrutin terminé, il retourne à ses affaires.
 
La représentation est certes une nécessité pratique dans des sociétés complexes. Mais déléguer n’est pas nécessairement abdiquer. La délégation suppose encore la surveillance, la contestation et la possibilité de reprendre la parole ; l’abdication consiste au contraire à considérer que la politique est devenue l’affaire des gouvernants. C’est ici que l’ancienne figure de l’idiôtês réapparaît de manière troublante : non plus celui qui est exclu de la cité, mais celui qui s’en exclut lui-même en croyant que le seul fait de voter suffit à accomplir son devoir politique.
 
Dès lors, le problème n’est peut-être plus seulement de savoir pour qui le citoyen vote, mais ce qu’il fait du pouvoir qu’il vient d’exercer. Car si l’élection devient le moment où le citoyen remet les clés de la cité à ceux qu’il a désignés, la relation de domination n’a peut-être pas disparu : elle est devenue élective. Le texte invite ainsi à déplacer le regard, du rituel périodique du scrutin vers la question plus fondamentale de la participation réelle à la vie publique.
 

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